L’institut Guttmacher sollicite des fonds pour promouvoir l’avortement en Ouganda

By Rebecca Oas, Ph.D. | 2015

NEW YORK, 8 Mai (C-Fam). Un groupe de recherche invoqué par les politiciens et les medias comme une source objective en ce qui concerne la planification familiale, a récemment envoyé des collectes de fonds en se vantant de son travail qui est en train de changer le débat sur l’avortement en Ouganda, un pays à fortes lois pro-vie.

Les deux emails de l’Institut Guttmacher demandent des dons pour aider à « créer les informations» qui empêcheraient « des décès inutiles et des complications » issus de l’avortement en Ouganda. Ils citent le chef d’un groupe qui travaille pour « promouvoir la justice sociale » en Ouganda en disant « Travailler avec Guttmacher a changé la conversation. Nous sommes passés d’un point de vue moraliste et des jugements de valeur à des discussions fondées sur des preuves ».

Les décès maternels en Ouganda, y compris ceux qui sont associés à l’avortement, sont élevés mais en déclin. Le progrès est ralenti par la pauvreté et les infrastructures de soins de santé insuffisants ainsi que par le bilan de l’épidémie du SIDA.

Alors, quelles sont les preuves constatées par Guttmacher qui rendent si important le changement de lois en Ouganda ?

Les emails soulignent une étude de 2013 dans laquelle les chercheurs de Guttmacher ont évalué les coûts pour les individus et les ménages qu’engendrent les complications issues de l’avortement en Ouganda. Ils tentent de démontrer que les avortements « non sécurisés » et souvent clandestins ont des coûts de grande envergure au-delà des décès.

La plupart des femmes ont signalé des effets négatifs sur leur productivité, les soins envers leurs enfants et leur économie ménagère. Depuis que les femmes ont été recrutées pour l’enquête qui cherche à savoir si souffrir des complications nécessite un traitement médical, ces conclusions ne sont pas surprenantes. Que l’impact eut été plus difficile pour les femmes les plus pauvres était également prévisible, et toutes les études trouveraient probablement des résultats similaires sur les femmes souffrant de complications d’une maladie ou d’une blessure.

Alors que l’avortement est illégal dans la plupart des cas en Ouganda, il y a quelques exceptions obscures. L’auteur de l’étude Guttmacher n’a pas directement demandé aux femmes si elles avaient subi des avortements par choix, légaux ou autres, en citant la stigmatisation omniprésente. Au lieu de cela, ils ont utilisé une méthode de notation élaborée par l’Organisation Mondiale de la Santé pour classer les pertes de grossesse des femmes comme spontanées ou provoquées (ce qui signifie que certaines des complications des femmes sont susceptibles d’avoir dégénéré en fausses couches naturelles).

Bien que les données de Guttmacher soient censées montrer l’impact personnel et domestique de l’avortement en Ouganda, elles omettent plusieurs autres réalités importantes. Elles recommandent l’étendue de l’accès à la contraception, encore des données provenant d’une autre publication de Guttmacher révèle que 7,6% des femmes avec un soi-disant «besoin non satisfait» de contraceptifs en Ouganda, cite un manque d’accès (ce qui est moins que la moyenne africaine qui est de 8,3%), et seulement 1% d’entre elles cite un manque de connaissance (plus bas que la moyenne africaine de 6,1%).

Même si la prévalence de la contraception augmentait, les décès issus de la grossesse et de l’accouchement restent le problème majeur en Ouganda ; le pays a un taux de décès maternels de 360 décès de mères pour 100.000 naissances vivantes, comparé à 230 dans les pays en voie de développement et à 16 dans les pays développés.

01 Maternal Mortality Uganda (IHME)

Des données issues de l’Institut pour l’Evalutation et la Métrologie Sanitaire montrent que la mortalité maternelle est en baisse en Ouganda, malgré les effets notoires du SIDA dans les années 1990 et que toutes les causes sont en déclin proportionnellement. En réalité, l’avortement comme une partie de la mortalité maternelle est resté relativement stable dans les dernières décennies.

02 Percentage Abortion Deaths Uganda (IHME)

Beaucoup de travail reste à faire sur la santé des femmes en Ouganda, et des interventions réussies telles que les systèmes de santé renforcés, l’eau potable et un bon système de transport permettra d’améliorer les conditions de tous les Ougandais, y compris des femmes enceintes. Mais quant à savoir si un don à l’Institut Guttmacher aidera dans le processus, les preuves ne sont pas convaincantes.

Traduit par Laetitia de la Vega.