Les féministes de battent contre le lobby du contrôle démographique

By Par Rebecca Oas, Ph.D. | 2014

NEW YORK, 27 juin (C-FAM) Le partenariat entre les divers courants du lobby de l’IVG révèle des luttes intestines. Les féministes des pays pauvres repoussent les pressions des environnementalistes, favorables aux mesures de contrôle démographique.

Lors d’une rencontre inaugurale dédiée à la nouvelle initiative de l’Onu sur l’environnement, une organisation s’est servie des réseaux sociaux pour réfuter le « lien douteux » soi-disant existant entre la croissance démographique et le changement climatique. Elle considère que les « stratégies de contrôle démographique conduisent inévitablement à des abus, à des politiques coercitives, et à la violation des droits fondamentaux des femmes ».

L’organisation malaisienne ARROW plaide en faveur de politiques féministes à l’Onu, auxquelles elle inclut l’IVG. Elle voit d’un mauvais œil les efforts des pays riches qui essaient de faire baisser le taux de natalité des femmes des pays pauvres au nom de la lutte contre le changement climatique.

ARROW a twitté une infographie qui montre que les pays ayant les taux de natalité les plus élevés sont également ceux qui consomment le moins d’énergie. Les stratégies de lutte contre le changement climatique « ne devraient pas déplacer la responsabilité des émissions de gaz carbonique sur ceux qui en sont le moins responsables ».

Bien que les féministes et les associations favorables au contrôle démographique soient les meilleures avocates du droit à l’IVG, leurs intentions différentes les ont séparées lors de la conférence historique du Caire de 1994. C’est cette conférence qui proclamait le droit des femmes de choisir le nombre et la fréquence de leurs grossesses.

Aujourd’hui, alors que la communauté internationale cherche à définir les nouveaux objectifs du développement et de l’environnement, les divisions internes au lobby de la « santé reproductive » se font à nouveau apparentes.

Lors de la conférence Women Deliver de l’année dernière à Kuala Lumpur, le professeur d’éthique controversé, Peter Singer a affirmé que le désir des femmes d’avoir des enfants devrait être écarté au nom des priorités environnementales.

Singer a été mal reçu par Dr. Babatunde Osotimehin, directeur du Fonds de l’Onu pour la population (UNFPA), qui a objecté à une « telle limitation des droits des personnes ». Il a souligné que la diminution rapide du taux de natalité finit par produire des populations où le nombre de sexagénaires surpasse celui des enfants de moins de cinq ans.

D’après Osotimehin, ce n’est pas uniquement la croissance démographique mais aussi la consommation des ressources naturelles qui affecte le développement durable. « Une personne sans domicile fixe au Danemark consomme plus d’énergie que six personnes en Tanzanie ».

La campagne lancée par ARROW sur les réseaux sociaux s’est invitée au débat onusien à l’Assemblée de l’environnement la semaine dernière au Kenya. Les Etat membres se sont réunis pour se pencher sur la question de la « durabilité » des prochains objectifs du développement durable (ODD). Ces derniers remplaceront les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), qui expirent en 2015.

L’économiste Jeffrey Sachs, l’architecte des OMD, et contributeur clé des ODD, a récemment récité la théorie de Malthus, selon lequel la croissance démographique ralentirait le développement économique. Il a proposé un nouvel objectif pour l’ONU : une « réduction volontaire et rapide de la natalité » qui permettrait d’atteindre l’objectif du développement durable.

Au contraire, ARROW a affirmé que le lien entre la démographie et le changement climatique signifie que « les pays développés devraient se satisfaire du financement du planning familial des pays en développement en guise de stratégie contre le changement climatique », sacrifiant la fertilité des femmes pauvres pour protéger leurs propres niveaux de consommation.

Alors que les féministes sont mal à l’aise lorsqu’elles parlent de la réduction de la démographie, elles continuent à plaider sérieusement en faveur de la légalisation de l’avortement. Cependant certains environnementalistes favorables à une baisse du taux de natalité prennent leurs distances avec le débat controversé de l’avortement.

« La question de l’avortement déteint sur le débat sur le planning familial bien plus qu’il ne le devrait » a déclaré Andrew Foster, directeur du Population Studies and Training Center de la Brown University. « Elle entrave le débat sur le planning familial. »