Plus de pouvoir pour le Secrétaire général de l’ONU, au détriment des États membres

By Iulia-Elena Cazan | 2026

NATIONS UNIES, 3 avril (C-Fam) Les États membres sont sur le point d’accorder davantage de pouvoir au Secrétaire général, et plusieurs gouvernements ont critiqué le manque de négociations sur ce changement fondamental dans la manière dont les Nations unies conduisent leurs affaires. Ils critiquent également la tendance grandissante à faire taire les points de vue divergents et à adopter « précipitamment » des résolutions qui ne reflètent pas le consensus des États membres.

Cette semaine, les gouvernements ont adopté une résolution de l’ONU ayant pour but d’améliorer la création, la mise en place, et l’évaluation des mandats de l’ONU, qui sont l’autorité formelle que suivent les organismes de l’ONU pour mener à bien leur travail, ceci dans le cadre plus large d’une réforme de l’ONU nommée ONU80.

La Fédération de Russie, qui a voté contre la résolution, l’a critiquée, disant qu’elle restreignait les droits et les prérogatives des États membres de l’ONU et augmentait le pouvoir du Secrétaire général.

« Selon la Charte des Nations Unies, le Secrétaire général n’a ni ce rôle ni cette fonction », a déclaré le délégué russe.

Le Nicaragua était également insatisfait. « Il est préoccupant que la fonction de Secrétaire soit utilisée comme un filtre ou un évaluateur des mandats pertinents, une fonction qui relève exclusivement des organes intergouvernementaux », a déclaré son délégué.

La semaine dernière, la Russie a introduit plusieurs amendements au texte, dont un précisant que « mettre en œuvre le processus d’évaluation des mandats devrait être une prérogative des États, non du Secrétaire général. »

La Norvège a bloqué l’examen des amendements au moyen d’une « motion de non-décision », une manœuvre parlementaire, peu employée jusqu’ici, pour éviter la tâche essentielle de l’Assemblée générale, qui est le débat et la négociation.

En réponse, l’Égypte s’est exprimée contre « la tendance grandissante à faire taire les États membres par des motions de non-décision » et a déclaré que c’était « à tout le moins profondément inquiétant » et « un procédé non démocratique souvent motivé politiquement et utilisé de manière sélective pour cibler certaines idées et délégations ».

L’Union européenne a utilisé la même procédure de « non-décision » pendant la Commission de la condition de la femme, bloquant tout débat ou action sur la résolution américaine visant à définir le genre comme fondé sur la biologie.

Plusieurs gouvernements ont aussi plus largement critiqué le processus d’adoption, soulignant que la résolution ONU80 contournait les processus habituels de négociation lors desquels les pays débattent minutieusement du texte, aussi appelés « négociation ligne par ligne ».

La Russie a déclaré : « …la raison pour laquelle, pendant six mois, il n’y a eu aucun moment assigné à la négociation ligne par ligne restera toujours un mystère. »

« La discussion d’un sujet aussi sensible et systémique aurait dû se tenir dans le format traditionnel, transparent, et véritablement inclusif : la négociation ligne par ligne du texte. Nous sommes, en d’autres termes, favorables à la diplomatie. »

Le délégué russe a accusé certaines réunions de l’ONU80 d’avoir davantage l’air de « cours » donnés par l’ONU, ajoutant que les gouvernements « n’ont pas besoin de cours… ils ont besoin de débattre du texte ligne par ligne. »

La Biélorussie a exprimé des inquiétudes similaires, déclarant : « Simplifier la procédure et l’efficacité [de l’ONU] ne signifie pas que nous ayons besoin d’abandonner la transparence pleine et entière des consultations sur le texte d’un document qui implique tous les États intéressés. »

Pendant l’adoption, l’Argentine a déclaré que l’ONU a besoin de « diagnostics réalistes » et de reconnaître « que dans les dernières années, certains programmes ont été poussés trop loin, engendrant des faiblesses, des doublons, et des recoupements dans les fonctions, éloignant l’ONU de ses missions originelles et des besoins véritables : paix, sécurité, et développement des États membres. »

L’élaboration de la résolution a été menée par un groupe de travail ad hoc co-présidé par la Zambie et la Nouvelle Zélande. Un nouveau groupe ad hoc sera établi le 1er mai 2026 pour « guider la création de nouvelles missions » et « évaluer objectivement les milliers de missions déjà existantes. »